
Autor: Raphaël Buyse
Título: Il n’y a que les fous pour être sages (Solo los locos pueden ser sabios)
Éditions Salvador, Paris 2022
ISBN: 978-2-7067-2163-2
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Brève commentaire:
J’ai rencontré le Père Raphaël lors d’une réunion sur l’Association dans notre Généralat. Là, il a eu deux interventions : l’une intitulée « Intuitions et institutions spirituelles. L’art de préférer les fontaines aux bouteilles », comme proposition d’être plus attentif aux mouvements, aux intuitions spirituelles, et de relativiser les tuyaux et réservoirs déjà établis. Sans l’Esprit, les organisations sont peu utiles ; l’autre était un commentaire sur Marc 6:7-13, « Il les a envoyées deux par deux ». J’ai été captivé par la fraîcheur et le courage de sa réflexion et j’ai acquis le livre que je présente maintenant pour continuer à apprendre. En fait, la réflexion continue avec ce point de folie qui implique de suivre l’Esprit, de suivre l’Évangile. Lorsque nous sentons que notre initiative et nos efforts nous mènent à ce que nous avons toujours fait, nous devons jeter le filet en suivant Jésus de Nazareth. Chaque chapitre dévoile, petit à petit, le texte de Jésus ressuscité qui apparaît aux disciples (Jn 21). Être assez fou, ou amoureux, pour accepter que Dieu continue d’être présent dans chaque recoin de notre vie pourrait être la synthèse. Fou ou sage à la manière du Dieu qui se révèle à nous en Jésus. Ici, vous trouverez quelques citations que j’ai trouvé sages.
Table
Ai-je rêvé dans la nuit?
1. Il met tout à l’envers
Jésus arrive
Mais quoi?
2. Quand la sagesse rend attentif : « Eh, les enfants ! »
Oser
Rien !
Eh, les enfants !
3. Quand la sagesse rend écoutant : « Lancez à droite !»
Voir, juger, agir
4. Quand la sagesse rend raisonnable : « C’est le Seigneur ! »
Question de regards
Seul l’amour sauve
À l’eau !
5. Quand la sagesse rend responsable : « Prends soin de mon troupeau ! »
M’aimes-tu?
Prends soin de mon troupeau
6. Quand la sagesse rend amoureux : « Suis-moi ! »
La folle géométrie de la sagesse
Il nous faudra être assez fous
7. Un témoin de la sagesse: Frédéric Debuyst, moine bénédictin
Épilogue
Annexes
Un Père de l’Église : Ambroise de Milan
Un théologien de l’époque moderne : Ignace de Loyola
Un théologien contemporain : Dietrich Bonhoeffer
Une œuvre d’art : Le songe de Joseph d’Arcabas (lien vers le dessin d’Arcabas)
Bibliographie
Remerciements
Citations que je retiens:
“Toute l’épopée du peuple d’Israël témoigne de Dieu comme de quelqu’un qui se plaît à faire tout autrement. Au fil des aventures qui ne manquent pas, il dépose les forts et élève les humbles : c’est une constante chez lui. « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi », écrira saint Paul.” (P. 15)
“On dirait qu’il se plaît à contester tout ce que l’homme porte au zénith. L’avoir, le savoir et le paraître lui semblent vanité ! Aller vers soi suffit. Même nu. Aller vers soi, parce qu’un Autre s’y trouve en résidence. Jésus dit que le Royaume, la présence pure de Dieu, est tout proche de chacun. Il sait, sans doute comme personne d’autre, qu’au cœur de toute vie, il y a une autre vie. Secrète. Fine. Essentielle. On la devine en lui.
Il n’est pas sans savoir qu’il risque sa vie en permanence, pourtant il continue de marcher. Il ne fait même rien pour éviter la mort. Un dernier soir avant d’être arrêté, il rassemble ses proches, se met à genoux devant eux et leur lave les pieds. C’est le monde à l’envers : le maître se révèle, comme jamais encore, n’être qu’un serviteur. C’est un signal. Il voudrait bien qu’ils le comprennent !
En leur partageant le pain lors du dernier repas, Jésus ose leur dire : « Voilà : ça, c’est tout moi. Et maintenant, c’est à vous de jouer ». Il réinterprète pour eux et jusqu’à aujourd’hui le rite de la Pâque juive. Comme ça. Par lui, avec lui et en lui, un monde nouveau est arrivé.
Les gens rangés disent que Jésus dérègle ce que la religion a mis des siècles à ordonner : pas étonnant alors qu’on cherche à le faire taire”. (P. 20)
“Jésus fait tout à l’envers. Sa sagesse est folie. Et c’est en lui ressuscité que je crois et j’espère ! Il nous entraîne dans une danse. Il est libre comme le vent et nous veut libre comme lui.” (P. 22)
“C’était peut-être déjà sa façon de nous dire que Dieu ne tient pas dans les cadres et qu’il dépassera toujours les lignes que nous nous efforçons de dessiner.” (P. 22)
“On y découvre quelques hommes qui entrent progressivement dans les manières de Jésus, cette façon de voir la vie qu’il tenait de son Père. Parce que c’est peut-être quelque chose comme cela, la sagesse : une capacité de voir la vie avec le regard de Jésus et, par là même, d’entrer dans une connaissance intime des façons d’être de Dieu.” (P. 28)
“Une sagesse essentielle se dévoile dans le récit de saint Jean [Jean 21] : si nous perdons notre temps à nous lamenter sur nous-mêmes ou sur les indigences et les absences des uns et des autres, nous ne partirons jamais à la pêche ! Ce qui rend si pesante la marche de l’Église, écrivait Madeleine Delbrêl, « c’est le poids des chrétiens qui ne partent pas.
Se laisser habiter par la sagesse, c’est croire que le Christ nous demande de nous engager les uns avec les autres, et qu’avec peu il est capable de produire beaucoup. Il faut relire les magnifiques récits de multiplication des pains et la belle la parabole de la graine de moutarde. L’Esprit nous inspire la conviction que Dieu est capable de faire du grand avec du petit. Cette conviction est au cœur de l’expérience chrétienne. Seul l’Esprit peut nous aider à entrer dans cette façon de faire de Dieu. Et nous pourrions en faire autant. Sans plus attendre.” (P. 33)
“La sagesse de l’Esprit nous apprend qu’il n’y a d’autre lieu de sainteté – c’est-à-dire de santé et de vocation – c’est-à-dire d’accomplissement de ce que nous sommes que dans la vie qui est donnée ici et maintenant, car «si quelque chose nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné », disait Madeleine Delbrêl.” (P. 34)
“Il n’y a pas d’avenir possible si l’on ne cherche pas d’abord à bien faire ce que l’on doit faire. La sagesse nous rend attentifs et présents à notre vie, elle ne la transcende pas. Elle nous apprend que l’aventure de la foi se joue dans le réel de l’existence, les multiples occupations du quotidien, la vie de famille, les engagements au service du bien commun et les épreuves, quelquefois. La foi en Dieu ne nous soustrait jamais au monde. Nous ne marcherons sans doute jamais sur l’eau, nous ne serons jamais témoins d’une pêche extraordinaire, nous ne changerons jamais l’eau en vin ; mais l’Esprit de sagesse nous donnera de marcher sur nos peurs et de savoir contempler la bonté qu’il y a chez tant d’êtres humains. Il nous apprend que nous n’avons pas d’autres moyens de rencontrer le Christ qu’en habitant, pleinement, l’ici et le maintenant de notre vie. C’est sur ce rivage-là qu’il nous donne rendez-vous.” (P. 38)
“Sans consentement à cette réalité d’une bonne partie de notre existence, il n’y a pas d’expérience spirituelle possible. Lorsque nos filets remontent vides, quelque chose du mystère de l’Alliance se prépare. Il ne nous reste qu’à y croire. L’espérance chrétienne se joue là.
Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! […]
Beaucoup demandent : «Qui nous fera voir le bonheur ?»
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !!
Nous asseoir, regarder les filets vides de nos vies, ne pas rêver nos existences, ne pas donner à nos vies des accents romantiques, ne pas proposer des réponses inspirées du passé, ne pas céder aux sirènes du futur, ne pas rompre devant la peur, ne pas nous décourager… D’accord, c’est très facile à dire !
Entendre en nous le souffle de sagesse qui nous invite à nous poser devant nos filets vides, et nous redit qu’il n’y a qu’une seule situation dans laquelle le Seigneur va venir à notre rencontre : la vie que nous vivons ici et maintenant.” (P. 42)
“En leur disant : « Lancez à droite », il voulait dire : « Faites la même chose, mais autrement. » Dans l’aube naissante, il a mis une fois de plus à l’envers tout ce qu’ils croyaient savoir. C’est sa sagesse : faire la même chose, mais autrement.” (P. 49)
“Il n’y aura pas de reconnaissance de sa présence sans un climat de silence, une attention intérieure de l’être. Le bruit de nos passions, de nos inquiétudes et de notre ego risque bien de couvrir sa voix et celle des autres. Le silence intérieur est nécessaire pour se laisser surprendre et entraîner plus loin.” (P. 52)
“Il faut reconnaître ici que nous sommes souvent enclins à faire des reproches, à étouffer, à condamner, à enfermer et à diminuer en l’autre ou en nous-mêmes ce que nous portons de bon. Mais l’Esprit de sagesse du Seigneur nous entraîne à adopter son point de vue et à ne plus prêter le flanc aux voix défaitistes qui ne manquent pourtant pas !” (P. 53)
“…l’humiliation de leur pêche infructueuse s’est transformée en simple humilité. Rien de grand dans nos vies ne peut se faire sans le passage par l’expérience d’un filet vide et d’une confiance en lui qui se tient là, sur le bord de notre vie. ” (P. 53)
“Pour savoir ce que nous devons faire, il ne sert à rien de demander à Dieu de multiplier les signes et les prodiges avant d’avoir épuisé sa Parole. Il ne sert à rien de compulser fébrilement les Écritures et les traités de spiritualité pour trouver les recettes du bonheur. La parole de Dieu retentit dans les événements et les rencontres. Dieu s’y révèle, et c’est de là qu’il parle, comme autrefois, en inconnu, sur le bord du lac de Galilée. Dans notre vie, la Parole se révèle bien souvent par les autres. Et toujours par les menues circonstances de la vie. En y obéissant, la Vie nous crée et nous recrée sans cesse.
Quelques années après la Pentecôte, dans la communauté naissante, Paul de Tarse disait qu’il faut toujours prier… Sans doute était-il inspiré en donnant ce conseil, mais je ne peux pas m’empêcher de croire que la prière, à certaines heures, peut être une fuite facile et même nous empêcher d’écouter Dieu. On peut passer son temps dans une chapelle, collectionner les heures de prière, en oubliant finalement que le but de tout cela est de devenir quelqu’un qui ressemble au Seigneur et non une plante verte dans une serre religieuse ! Il n’est pas rare qu’on prie sans écouter. Même le désir de sainteté peut entraver notre croissance en Dieu. Si nous ne savons pas entendre les besoins des autres aussi bien que les paroles des hymnes que nous chantons, notre prière devient illusion… Elle peut nous laisser croire que nous sommes des gens bien, mais elle ne nous rendra pas meilleurs. Pour sortir de cela, on peut sans aucune modération demander à l’Esprit de sagesse de nous apprendre à obéir à la Parole qui se dit dans la vie.” (P. 54)
“L’Esprit nous fait comprendre aussi que Dieu nous parle à travers nos propres vies. Personne n’est plus triste que celui qui n’ose pas s’écouter lui-même, qui a peur de ses désirs et de ses aspirations profondes, qui n’ose pas dire ce dont il a besoin pour vivre. Car le Seigneur passe aussi par-là .” (P. 56)
“« C’est le Seigneur » est la parole qui sauve de la nuit et de la mort : elle porte en elle le cœur du christianisme. Tout l’amour du disciple s’y exprime. […]
Lorsque l’intuition que Jésus est le Seigneur nous fait défaut, nos actions nous épuisent et nous laissent sans vie. Nous sombrons dans le volontarisme froid : nous serrons les dents pour rester pieux, corrects sans conviction, militants raides, enfants dociles d’une Loi qui nous est imposée du dehors. Nous ne sommes plus des croyants, seulement des pratiquants qui ne croient pas.” (P. 64)
“Tant que nous ne laissons pas l’Esprit du Seigneur nous faire comprendre la gratuité du don, nous demeurons dans le registre du « faire plaisir » ou du commerce religieux ou moral. Nous restons dans une logique d’obligation. Pour que nous devenions vivants, ce que nous sommes et ce que nous faisons doit procéder d’une nécessité intérieure mue par l’amour de Dieu en nous : il est inscrit dans la profondeur de notre être depuis notre origine. La sagesse nous le dévoile jour après jour.
J’aime relire de temps à autre la belle correspondance qu’entretenait Rainer Maria Rilke avec un jeune poète qui le sollicitait. J’y trouve une admirable leçon de vie. Le jeune poète est en quête de reconnaissance : il demande à Rilke, son aîné, de lui dire si ses poèmes ont de la valeur. Et Rilke lui répond qu’une œuvre, si elle procède d’une nécessité intérieure, ne peut être que belle. Lorsque nos vies procèdent de « l’amour de Dieu […] répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné », elles deviennent fécondes. Et les filets se remplissent.” (P. 66)
“La reconnaissance de Jésus sur nos rivages fait de nous des êtres audacieux et libres : en nous laissant habiter par cet Esprit, nous devenons ce que nous sommes.” (P. 68)
“La vie chrétienne est un « jeté à l’eau ».” (P. 69)
“Jésus ne l’a pas interrogé sur ce que Pierre avait fait ou pas fait. Il l’a interrogé sur son amour. Je suis touché par ses questions: moi, j’interroge sur les actes, j’aime les bilans, les comptes rendus, les justifications. Pour lui, une seule question importe: celle de l’amour.” (P. 77)
“Dans l’Église, il faut le dire, il est bien rare qu’on s’interroge sur l’amour. On se demande si quelqu’un sait animer une assemblée, s’il a le sens a de l’organisation, s’il est loyal envers ses supérieurs. On se demande s’il sait se débrouiller dans les relations mondaines ou s’il chante assez juste. On ne se demande quasiment jamais s’il aime les gens. Or cela semble être la seule question qui intéresse Jésus: c’est bien dans cette question-là que se joue le destin de l’homme et de l’Église. » (P. 78)
“Alors nous entendons les cris des plus petits, des pauvres et des laissés-pour-compte. Nous entendons la solitude que vivent tant de personnes. Il nous pousse vers elles, irrésistiblement. Il nous soulève et nous éclaire. Et nous changeons. Par lui, nous devenons bien plus humains que nous ne le pensions. Nous comprenons ce qui jusqu’alors nous était inconnu: nous ne sommes pas vraiment nous-mêmes avant d’avoir appris à porter quelqu’un d’autre. Il fonde notre fraternité.
Prends soin de mon troupeau
Prendre soin. J’entends dans cette invitation de Jésus un appel à tout penser à partir de l’homme. Si la question religieuse demeure fondamentale, semble dire Jésus, elle n’est pas une question première. Prendre soin de son peuple, c’est d’abord nous tenir proches des aspirations profondes qui marquent notre société: tant d’hommes y sont en quête d’une plus haute qualité d’existence. Elle n’a rien d’une déformation égocentrique.” (P. 81)
“La révolution folle de l’Évangile, c’est de partir de là: il s’agit d’aborder l’homme non pas en se fondant en premier lieu sur des grandes questions métaphysiques, mais sur ses besoins plus matériels. Les théologiens de la libération l’avaient compris et il faudrait peut-être, dans le contexte culturel qui est le nôtre, reprendre à frais nouveaux leurs belles intuitions: elles sont prophétiques et rejoignent la grande tradition croyante du peuple d’Israël où Dieu se révèle comme Celui qui cherche d’abord l’unité, la justice, la liberté et la fraternité. Dès lors, il ne s’agit plus d’aborder la mission en partant de Dieu comme d’une donnée première qui expliquerait toutes choses, mais de nous tenir à l’écoute de la vie, dans un vrai dialogue avec nos contemporains, sans en faire une tactique de rencontre pour les ramener dans le giron de l’Église.” (P. 82)
“Prendre soin, ce sera chercher à connaître ceux que la vie lui fera rencontrer. Tous ceux qui veulent suivre Jésus se doivent de chercher à connaître, comprendre, aimer la vie, même lorsqu’elle se présente à eux sous des formes bien étrangères…
Pour véritablement prendre soin des autres, Pierre aura aussi besoin de se laisser connaître. Autrement dit, de ne pas apparaître dans une fonction, un grade, un métier, mais en homme fragile. Je rêve que dans notre Église nous ayons à cœur de nous laisser connaître et reconnaître, alors que si souvent nous nous tenons derrière les masques d’un métier, d’une fonction, d’un ministère ou d’une responsabilité.” (P. 84)
“La foi en lui ne consiste pas à adhérer sans défaillance à un corpus de croyances. Et la mission consiste encore moins à inculquer ce corpus à des personnes incultes!
Seul l’Esprit peut nous aider à entrer dans cette logique nouvelle et déroutante, pour ne pas dire folle: oser quitter ce qui nous semble depuis toujours être des évidences et nous risquer, avec des mots nouveaux, de balbutier une foi chrétienne pour le XXIe siècle. […]
L’Esprit de sagesse, bien loin de faire de nous des enfants sages et soumis aux habitudes, nous entraîne sur des chemins déconcertants.” (P. 85)
“Au fil des siècles, ils ont été nombreux, ceux qui ont pris la route de l’homme pour révéle que le Royaume est finalement tout proche de la vie.” (P. 86)
“Alors que nous pourrions décourager de ne plus sentir le terreau chrétien qui a nourri tant de générations et de penser que l’Évangile n’est plus vécu dans le monde, l’Esprit de sagesse éveille en nous l’intelligence du cœur et nous donne le goût de nous exposer au monde parce qu’il est déjà rejoint et habité par le Seigneur. Il nous donne de comprendre que l’annonce de l’Évangile consiste à transformer du dedans, à rendre neuve l’humanité elle-même: «Voici que je fais l’univers nouveau!».” (P. 89)
“Il nous faudra être assez fous
Il nous faudra donc être fous -mais c’est sagesse de Dieu- pour prendre la route avec des compagnons. En répondant «je viens», la vie nous fera toujours en retrouver d’autres. Dans la diversité de nos appels, nous serons toujours des gens appelés ensemble.
Il nous faudra être fous -ou amoureux Christ et de ses frères – pour consentir à ce que notre vie soit exposée et fouettée aux quatre vents de l’Histoire. Suivre Jésus, ce sera accepter une vie de plein air, captée par Dieu, ne méprisant jamais ce que lui-même n’a jamais méprisé.
Il nous faudra être fous pour le laisser nous instaurer dans interdependance les uns aux autres: nous ne pourrons plus faire sans eux. Nous deviendrons bergers les uns des autres.
Il nous faudra être bien fous – ou sages à la manière de Dieu- pour ouvrir nos portes. La sagesse rendra nos vies hospitalières. Et entreront chez nous ceux que nous n’attendions pas, et passeront leur chemin ceux que nous attendions.
Il nous faudra être aussi fous que Jésus, comme ses disciples, pour devenir des nomades, bien plus à l’aise dans les courants d’air d’une tente percée de toute part que dans la chaleur rassurante d’une maison où les fenêtres sont fermées.
Il nous faudra être fous -ou sages- pour nous désintéresser de notre vie, pour nous laisser trouver par Dieu dans une vei somme toute banale.
Il nous faudra être aussi fous – ou aussi sages que lui – pour consentir à ce déséquilibre nécessaire afin de ne pas faire du surplace et de nous mettre en route même quand notre paresse nous supplierait de nous asseoir. Dans l’instabilité du mouvement, l’Esprit nous dit que nous trouverons l’équilibre d’une joie profonde.
Il nous faudra être fous -ou sages comme Il nous faudra être fous tant de personnes qui ont emboîté le pas de Jésus – pour vivre dans l’insécurité vertigineuse du témoignage et de la mission.
Il nous faudra être fous de la sagesse de Dieu pour renoncer à nos assurances-vie, à cette sécurité spirituelle que dénonçait Madeleine Delbrêl, qui nous garantirait contre les risques, les maladies de cœur, et prendrait même en charge nos enfantements spirituels!
Il nous faudra être aussi fous – ou aussi sages que tant de saints – pour prendre la route sans carte et cheminer de nuit.
Il nous faudra être assez fous, ou assez amoureux, pour consentir à ce que tout ne soit pas écrit à l’avance, et que chaque événement de notre vie soit un élément de plus dans ce chemin que nous sommes invités à faire avec le Christ. Chaque rencontre appellera une autre rencontre, chaque engagement un autre engagement. C’est dans le libéralisme fou de l’Esprit Saint que se jouera l’aventure de la grâce.
La fantaisie de Dieu, c’est sûr, s’en donnera à cœur joie.” (P.91-93)
“…que suivre le Christ ne doit jamais se faire dans des efforts violents ou des à-coups exubérants, mais dans une grande patience du quotidien, un rythme régulier de prière et de travail, une capacité de supporter nos propres déficiences et celles des autres. » (P.97)
«Il m’apprenait que l’Esprit de sagesse nous inspire de passer de préférence du «respect du plus digne» au «respect du plus faible». Il se situait bien dans la lignée de ce Dieu fou qui fait toutes choses nouvelles en remettant la vie dans son bon sens.” (P. 99)
“J’ai appris de lui que la vie de chacun est toujours ordonnée à celle des autres. Et que c’est souvent en exposant nos différences de points de vue à une grâce plus haute que l’on parvient à unifier une communauté. Il aimait dire qu’une communauté n’est pas un commando de forts qui doivent marcher au pas, mais un don de Dieu.” (P. 100)
“J’ai appris de lui et je l’ai vérifié! l’Esprit nous entraîne bien souvent sur des chemins étranges et inattendus: il passe, pour se dire, par ceux pour lesquels on n’aurait pas naturellement osé l’espérer. L’Esprit de sagesse inspire les faibles comme les forts: la communauté ne se fait jamais sans les uns et les autres.” (P. 101)
« La foi que j’aime n’est pas un phénomène de masse qui uniformiserait les gens qui croient en moi. Je suis l’Unique, et je le suis pour chaque être qui est unique lui aussi. J’ai été l’Unique pour Simon-Pierre, pour Thomas et pour c chacun au fil des siècles. Et je le suis pour toi. C’est peut-être un peu fou, mais je ne peux rien changer à cela.
Je murmure ce que je veux à l’oreille de chacun. Ma seule joie, c’est de vivre en contact avec les gens que j’aime.
Continue ton chemin: le tien et pas celui d’un autre.
Tu te souviens que Simon-Pierre s’inquiétait de ce que deviendrait cet autre disciple que Jésus aimait. Te souviens-tu de ce qu’il lui a été répondu? «Ce qui lui arrivera, que t’importe! Toi, suis-moi…» Si tu ne l’écris pas à tes lecteurs, permets que je leur dise -moi-même! Ne cale jamais ta vie sur celle d’un autre. Ne sois jamais jaloux, ne construis pas ton histoire en fonction de la foi des autres. Mon Esprit de sagesse va t’apprendre, si tu le laisses passer en toi, à ne pas chercher ton chemin en te comparant à tel ou tel que tu admires, fût-il un homme d’Église. Si tu construis ta vie en fonction de ce que vivent les autres, tu ne seras jamais en paix. Ma joie en toi ne sera pas au rendez-vous de ton désir. Tu auras toujours besoin de quelqu’un qui va moins vite que toi pour être heureux. Si mon Fils t’invite à le suivre, suis-le. Sans fixer le rythme de ta marche sur la marche d’un autre.
Je vais te dire encore quelque chose: le suivre, ce n’est pas marcher derrière lui. Il est en toi, et moi je suis en lui.
Le suivre, et c’est encore une de nos petites fantaisies divines, c’est te tenir là à l’endroit même où tu crois intimement devoir être.
Va donc vers toi: c’est là et pas ailleurs que nous voulons t’emmener.
Ta joie sera la mienne.
Vis donc ce que tu as à vivre.
À ta mesure.” (P. 103-05)
Annexes
“L’absence de mystère dans notre moderne est notre faillite et notre indigence. La valeur d’une vie humaine se mesure à la manière dont elle garde du respect pour ce mystère. C’est pourquoi les enfants ont des yeux si ouverts et si lucides: ils savent qu’ils sont environnés de mystère. Ils n’ont pas encore eu raison de ce monde; ils ne savent pas encore se frayer ainsi un chemin, et faire comme nous le tour des mystères. Nous détruisons le mystère, parce que nous sentons que nous touchons là à une frontière de notre être. Nous voulons disposer de tout et en être les maîtres. Or, c’est précisément ce que le mystère nous a interdit. Il nous inquiète parce que nous ne nous y sentons pas chez nous. Il parle d’une autre demeure que la nôtre. Vivre sans mystère, c’est tout ignorer du mystère de notre vie, de celui d’autrui et de celui du monde. C’est rester superficiel. […]
Toutes nos pensées sur Dieu ne peuvent jamais servir à abolir le mystère, à faire de Dieu quelque chose d’universellement compréhensible et clair. Toute pensée sur Dieu ne peut plutôt servir qu’à rendre apparent son mystère qui nous dépasse entièrement -sa sagesse cachée et sainte-, de telle sorte que peut-être, à travers ce mystère, nous apparaisse la patrie qui en est l’origine.
Le monde est aveugle devant ce mystère de Dieu. Il veut un Dieu qu’il puisse inventorier et exploiter, ou bien il ne veut pas de Dieu du tout. Le mystère de Dieu lui reste caché. Il n’en veut pas. Il se fabrique des dieux selon ses propres vœux, mais il ne reconnaît pas le Dieu proche, secret et caché. C’est une sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue». Les chefs de ce siècle vivent de comptes et d’exploitation. C’est ainsi qu’ils deviennent des «chefs » de ce monde. Mais ils ne saisissent pas le mystère. Les enfants seuls le saisissent.
Le monde porte un signe infaillible de son aveuglement devant le mystère de Dieu: la croix de Jésus-Christ. Que ce Jésus de Nazareth, ce charpentier, ait été lui-même le Seigneur de gloire, tel était le mystère de Dieu; parce que là Dieu est devenu pauvre, misérable, petit et faible par amour pour les hommes; parce qu’il est devenu un homme comme nous pour que nous accédions à la divinité; parce qu’il est venu à nous pour que nous venions à lui. Dieu qui s’est abaissé en Jésus-Christ, Dieu en Jésus de Nazareth: voilà «la sagesse mystérieuse et cachée […] qu’aucun œil n’a vue, qu’aucune oreille n’a entendue, et qui n’est montée au cœur d’aucun homme». Le mystère de Dieu, qu’il a préparé pour ceux qui l’aiment, c’est son amour pour les hommes et sa proximité infinie. Il n’ a pas, dans le monde entier, de plus grand mystère que celui-là (Dietrich Bonhoeffer, Si je n’ai pas l’amour)”. (P. 113-115)
Breve comentario:
Conocí al Padre Raphaël en un encuentro sobre la Asociación en nuestra Casa Generalicia. Allí tuvo dos intervenciones: una titulada «Intuiciones espirituales e instituciones. El arte de preferir las fuentes a las botellas», como una propuesta para estar más atentos a las mociones, intuiciones espirituales, y relativizar las tuberías y los depósitos ya establecidos. Sin el Espíritu, las organizaciones sirven de poco; la otra fue un comentario a Marcos 6, 7-13, «Los envió de dos en dos». Me quedé prendado de la frescura y valentía de su reflexión y adquirí el libro que ahora presento para seguir aprendiendo. En efecto, la reflexión sigue con ese punto de locura que implica seguir al Espíritu, seguir el Evangelio. Cuando sentimos que nuestra iniciativa y esfuerzo nos conducen a lo de siempre, hace falta lanzar la red siguiendo a Jesús de Nazaret. Cada capítulo va desplegando, poco a poco, el texto de Jesús resucitado que se aparece a los discípulos (Jn 21). Estar lo suficientemente locos, o enamorados, para aceptar que Dios sigue haciéndose presente en cada rincón de nuestra vida, podría ser la síntesis. Locos o sabios a la manera del Dios que se nos revela en Jesús. Aquí debajo puedes encontrar unas cuantas citas que me han parecido de sabios.
La traducción al castellano del índice y de las citas está generada por Deepl.com con correcciones puntuales.
Índice
¿He soñado en la noche?
1. Lo pone todo patas arriba
Jesús llega
Pero ¿qué?
2. Cuando la sabiduría nos hace estar atentos: «¡Eh, chicos!»
Atreverse
¡Nada!
«¡Eh, chicos!»
3. Cuando la sabiduría nos hace escuchar: «¡Lanza a la derecha!»
Ver, juzgar, actuar
4. Cuando la sabiduría nos hace razonables: «¡Es el Señor!»
Una cuestión de miradas
Solo el amor salva
¡Al agua!
5. Cuando la sabiduría nos hace responsables: «¡Cuida de mi rebaño!»
¿Me quieres?
Cuida de mi rebaño
6. Cuando la sabiduría te hace enamorados: «¡Sígueme!»
La loca geometría de la sabiduría
Tendremos que estar bastante locos
7. Un testigo de la sabiduría: Frederick Debuyst, monje benedictino
Anexos
Un padre de la Iglesia: Ambrosio de Milán
Un teólogo de la era moderna: Ignacio de Loyola
Un teólogo contemporáneo: Dietrich Bonhoeffer
Una obra de arte: El sueño de José d’Arcabas (enlace al cuadro de Arcabas)
Bibliografía
Agradecimientos
Citas que destaco:
«Toda la epopeya del pueblo de Israel da testimonio de Dios como de alguien a quien le complace hacer las cosas de manera totalmente diferente. A lo largo de las numerosas aventuras, derriba a los poderosos y eleva a los humildes: es una constante en Él. “Lo que en el mundo es loco, eso es lo que Dios ha elegido¹”, escribirá san Pablo». (p. 15)
«Parece que se complace en cuestionar todo lo que el hombre eleva a lo más alto. ¡La riqueza, el saber y las apariencias le parecen vanidad! Basta con ir hacia uno mismo. Incluso desnudo. Ir hacia uno mismo, porque allí reside Otro. Jesús dice que el Reino, la presencia pura de Dios, está muy cerca de cada uno. Él sabe, sin duda como nadie más, que en el corazón de toda vida hay otra vida. Secreta. Sutil. Esencial. Se intuye en él.
No ignora que arriesga su vida constantemente, y, sin embargo, sigue caminando. Ni siquiera hace nada para evitar la muerte. Una última noche, antes de ser detenido, reúne a sus allegados, se arrodilla ante ellos y les lava los pies. Es el mundo al revés: el maestro se revela, como nunca antes, como un simple siervo. Es una señal. ¡Ojalá lo entendieran!
Al compartir el pan con ellos durante la última cena, Jesús se atreve a decirles: «Aquí lo tenéis: esto soy yo en su totalidad. Y ahora os toca a vosotros». Reinterpreta para ellos, y hasta hoy, el rito de la Pascua judía. Así de sencillo. Por él, con él y en él, ha llegado un mundo nuevo.
La gente convencional dice que Jesús trastoca lo que la religión ha tardado siglos en ordenar: no es de extrañar, pues, que se le intente silenciarlo». (p. 20)
«Jesús lo hace todo al revés. Su sabiduría es locura. ¡Y es en él resucitado en quien creo y en quien espero! Nos arrastra a una danza. Es libre como el viento y nos quiere libres como él». (p. 22)
«Quizá esa fuera ya su forma de decirnos que Dios no cabe en los marcos y que siempre traspasará las líneas que nos esforzamos por trazar». (p. 22)
«Allí descubrimos a unos hombres que van adoptando poco a poco las maneras de Jesús, esa forma de ver la vida que él había heredado de su Padre. Porque quizá la sabiduría sea algo así: la capacidad de ver la vida con la mirada de Jesús y, por ello mismo, de llegar a conocer íntimamente las maneras de ser de Dios.» (p. 28)
«En el relato de san Juan [Jn 21] se revela una sabiduría esencial: si perdemos el tiempo lamentándonos de nosotros mismos o de las carencias y ausencias de los demás, ¡nunca saldremos a pescar! Lo que hace que el camino de la Iglesia sea tan lento —escribía Madeleine Delbrêl— «es el peso de los cristianos que no se ponen en marcha».
Dejarse habitar por la sabiduría es creer que Cristo nos pide que nos comprometamos unos con otros, y que con poco Él es capaz de producir mucho. Hay que releer los magníficos relatos de la multiplicación de los panes y la hermosa parábola de la semilla de mostaza. El Espíritu nos inspira la convicción de que Dios es capaz de hacer grandes cosas con lo pequeño. Esta convicción está en el corazón de la experiencia cristiana. Solo el Espíritu puede ayudarnos a entrar en esta forma de actuar de Dios. Y nosotros podríamos hacer lo mismo. Sin más demora.» (p. 33)
«La sabiduría del Espíritu nos enseña que no hay otro lugar de santidad —es decir, de salud y de vocación—, es decir, de realización de lo que somos, que en la vida que se nos da aquí y ahora, pues «si nos faltara algo, Dios ya nos lo habría dado», decía Madeleine Delbrêl». (p. 34)
«No hay futuro posible si no se busca, ante todo, hacer bien lo que se debe hacer. La sabiduría nos hace estar atentos y presentes en nuestra vida; no la trasciende. Nos enseña que la aventura de la fe se desarrolla en la realidad de la existencia, en las múltiples ocupaciones del día a día, en la vida familiar, en los compromisos al servicio del bien común y, a veces, en las pruebas. La fe en Dios nunca nos aleja del mundo. Seguramente nunca caminaremos sobre el agua, nunca seremos testigos de una pesca extraordinaria, nunca convertiremos el agua en vino; pero el Espíritu de sabiduría nos dará la fuerza para superar nuestros miedos y saber contemplar la bondad que hay en tantos seres humanos. Nos enseña que no tenemos otro medio de encontrarnos con Cristo que el de habitar plenamente el aquí y ahora de nuestra vida. Es en esa orilla donde nos da cita». (p. 38)
«Sin aceptar esta realidad de buena parte de nuestra existencia, no hay experiencia espiritual posible. Cuando nuestras redes vuelven vacías, algo del misterio de la Alianza se está gestando. Solo nos queda creer en ello. La esperanza cristiana se juega ahí.
Cuando grito, respóndeme, ¡Dios, mi justicia! […]
Muchos me preguntan: «¿Quién nos hará ver la felicidad?»
¡Que tu rostro se ilumine sobre nosotros, Señor!
Sentarnos, mirar las redes vacías de nuestras vidas, no soñar nuestras existencias, no dar a nuestras vidas tintes románticos, no proponer respuestas inspiradas en el pasado, no ceder ante los cantos de sirena del futuro, no rendirnos ante el miedo, no desanimarnos… ¡De acuerdo, es muy fácil decirlo!
Escuchar en nuestro interior el soplo de sabiduría que nos invita a detenernos ante nuestras redes vacías, y nos recuerda que solo hay una situación en la que el Señor vendrá a nuestro encuentro: la vida que vivimos aquí y ahora.» (p. 42)
«Al decirles: “Echad la red a la derecha”, quería decir: “Haced lo mismo, pero de otra manera”. En el alba naciente, de nuevo volvió a poner patas arriba todo lo que creían saber. Esa es su sabiduría: hacer lo mismo, pero de otra manera». (p. 49)
«No habrá reconocimiento de su presencia sin un clima de silencio, sin una atención interior del ser. El ruido de nuestras pasiones, de nuestras inquietudes y de nuestro ego corre el riesgo de ahogar su voz y la de los demás. El silencio interior es necesario para dejarnos sorprender y llevarnos más allá.» (p. 52)
«Hay que reconocer aquí que a menudo tendemos a reprochar, a sofocar, a condenar, a encerrar y a menospreciar en el otro o en nosotros mismos lo bueno que llevamos dentro. Pero el Espíritu de sabiduría del Señor nos lleva a adoptar su punto de vista y a no volver a dar pie a las voces derrotistas, que, sin embargo, nunca faltan». (p. 53)
«… la humillación de su pesca infructuosa se ha transformado en simple humildad. Nada grande en nuestras vidas puede suceder sin pasar por la experiencia de una red vacía y de una confianza en Él que está ahí, a orillas de nuestra vida». (p. 53)
«Para saber qué debemos hacer no sirve de nada pedirle a Dios que multiplique los signos y los prodigios antes de haber agotado su Palabra. No sirve de nada hojear febrilmente las Escrituras y los tratados de espiritualidad para encontrar las recetas de la felicidad. La Palabra de Dios resuena en los acontecimientos y los encuentros. Dios se revela en ellos, y es desde allí desde donde habla, como antaño, de forma anónima, a orillas del lago de Galilea. En nuestra vida, la Palabra se revela muy a menudo a través de los demás. Y siempre a través de las pequeñas circunstancias de la vida. Al obedecerla, la Vida nos crea y nos recrea sin cesar.
Unos años después de Pentecostés, en la comunidad naciente, Pablo de Tarso decía que hay que rezar siempre… Sin duda estaba inspirado al dar este consejo, pero no puedo evitar creer que la oración, en ciertos momentos, puede ser una huida fácil e incluso impedirnos escuchar a Dios. Uno puede pasar el tiempo en una capilla, acumulando horas de oración, olvidando al final que el objetivo de todo esto es convertirnos en alguien que se parezca al Señor y no en una planta de interior en un invernadero religioso. No es raro que recemos sin escuchar. Incluso el deseo de santidad puede obstaculizar nuestro crecimiento en Dios. Si no sabemos escuchar las necesidades de los demás tan bien como las palabras de los himnos que cantamos, nuestra oración se convierte en una ilusión… Puede hacernos creer que somos buenas personas, pero no nos hará mejores. Para salir de esto, podemos pedir sin moderación al Espíritu de sabiduría que nos enseñe a obedecer la Palabra que se manifiesta en la vida». (p. 54)
«El Espíritu nos hace comprender también que Dios nos habla a través de nuestras propias vidas. Nadie es más triste que aquel que no se atreve a escucharse a sí mismo, que tiene miedo de sus deseos y de sus aspiraciones más profundas, que no se atreve a decir lo que necesita para vivir. Porque el Señor también pasa por ahí.» (p. 56)
«“Es el Señor” es la palabra que salva de la noche y de la muerte: lleva en sí el corazón del cristianismo. En ella se expresa todo el amor del discípulo. […]
Cuando nos falta la intuición de que Jesús es el Señor, nuestras acciones nos agotan y nos dejan sin vida. Caemos en un voluntarismo frío: apretamos los dientes para seguir siendo piadosos, correctos sin convicción, militantes rígidos, hijos dóciles de una Ley que se nos impone desde fuera. Ya no somos creyentes, sino solo practicantes que no creen». (p. 64)
«Mientras no dejemos que el Espíritu del Señor nos haga comprender la gratuidad del don, seguiremos en el ámbito de «complacer» o del comercio religioso o moral. Nos mantenemos en una lógica de obligación. Para que cobremos vida, lo que somos y lo que hacemos debe proceder de una necesidad interior impulsada por el amor de Dios en nosotros: está inscrito en lo más profundo de nuestro ser desde nuestro origen. La sabiduría nos lo revela día tras día.
De vez en cuando me gusta releer la hermosa correspondencia que mantuvo Rainer Maria Rilke con un joven poeta que le pedía consejo. En ella encuentro una admirable lección de vida. El joven poeta busca reconocimiento: le pide a Rilke, su hermano mayor, que le diga si sus poemas tienen valor. Y Rilke le responde que una obra, si surge de una necesidad interior, no puede sino ser bella. Cuando nuestras vidas brotan del «amor de Dios […] derramado en nuestros corazones por el Espíritu Santo que nos ha sido dado», se vuelven fecundas. Y las redes se llenan». (p. 66)
«El reconocimiento de Jesús en nuestras orillas nos convierte en seres audaces y libres: al dejar que ese Espíritu more en nosotros, nos convertimos en lo que somos.» (p. 68)
«La vida cristiana es un “lanzarse al agua”». (p. 69)
«Jesús no le preguntó a Pedro qué había hecho o dejado de hacer. Le preguntó por su amor. Me conmueven sus preguntas: yo me fijo en los actos, me gustan los balances, los informes, las justificaciones. Para él, solo importa una pregunta: la del amor.» (p. 77)
«En la Iglesia, hay que decirlo, es muy raro que se pregunte por el amor. Se pregunta si alguien sabe animar una asamblea, si tiene sentido de la organización, si es leal a sus superiores. Se pregunta si sabe desenvolverse en las relaciones sociales o si canta lo suficientemente bien. Casi nunca se pregunta si ama a las personas. Sin embargo, esa parece ser la única cuestión que le interesa a Jesús: es precisamente en esa cuestión donde se decide el destino del ser humano y de la Iglesia.» (p. 78)
«Entonces oímos los gritos de los más pequeños, de los pobres y de los marginados. Oímos la soledad que viven tantas personas. Él nos empuja hacia ellas, de forma irresistible. Nos eleva y nos ilumina. Y cambiamos. A través de él, nos volvemos mucho más humanos de lo que pensábamos. Comprendemos lo que hasta entonces nos era desconocido: no somos realmente nosotros mismos hasta que hemos aprendido a acoger a otra persona. Él funda nuestra fraternidad.
Cuida de mi rebaño
Cuidar. En esta invitación de Jesús oigo un llamamiento a pensar siempre partiendo del ser humano. Si bien la cuestión religiosa sigue siendo fundamental, parece decir Jesús, no es lo primero. Cuidar de su pueblo es, ante todo, mantenernos cerca de las aspiraciones profundas que marcan nuestra sociedad: tantas personas están en búsqueda de una más alta calidad de vida. No tiene nada de una deformación egocéntrica». (p. 81)
«La loca revolución del Evangelio consiste en partir de ahí: se trata de abordar al ser humano no basándose en primer lugar en las grandes cuestiones metafísicas, sino en sus necesidades más materiales. Los teólogos de la liberación lo habían comprendido y quizá habría que retomar, en nuestro contexto cultural, sus hermosas intuiciones con una mirada renovada: son proféticas y se inscriben en la gran tradición de fe del pueblo de Israel, donde Dios se revela como Aquel que busca ante todo la unidad, la justicia, la libertad y la fraternidad. Por lo tanto, ya no se trata de abordar la misión partiendo de Dios como un dato primordial que lo explicaría todo, sino de permanecer a la escucha de la vida, en un verdadero diálogo con nuestros contemporáneos, sin convertirlo en una táctica de acercamiento para traerlos de vuelta al seno de la Iglesia.» (p. 82)
«Cuidar será tratar de conocer a aquellos con quienes la vida le haga encontrarse. Todos los que quieren seguir a Jesús deben tratar de conocer, comprender y amar la vida, incluso cuando se les presenta bajo formas muy ajenas…
Para cuidar verdaderamente de los demás, Pedro también necesitará dejarse conocer. En otras palabras, no presentarse en una función, un rango o una profesión, sino como un hombre frágil. Sueño con que en nuestra Iglesia nos importe de verdad dejarnos conocer y reconocer, cuando tan a menudo nos escondemos tras las máscaras de una profesión, una función, un ministerio o una responsabilidad». (p. 84)
«La fe en Él no consiste en adherirse sin vacilar a un conjunto de creencias. ¡Y la misión consiste aún menos en inculcar ese conjunto a personas incultas!
Solo el Espíritu puede ayudarnos a adentrarnos en esta lógica nueva y desconcertante, por no decir descabellada: atrevernos a abandonar lo que desde siempre nos ha parecido evidente y arriesgarnos, con palabras nuevas, a balbucear una fe cristiana para el siglo XXI. […]
«El Espíritu de sabiduría, lejos de convertirnos en niños obedientes y sometidos a las costumbres, nos lleva por caminos desconcertantes».
«A lo largo de los siglos, han sido muchos los que han tomado el camino del ser humano para revelar que el Reino está, en definitiva, muy cerca de la vida.» (p. 86)
«Aunque podríamos desanimarnos al no sentir ya el sustrato cristiano que ha alimentado a tantas generaciones y pensar que el Evangelio ya no se vive en el mundo, el Espíritu de sabiduría despierta en nosotros la inteligencia del corazón y nos da ganas de exponernos al mundo porque ya ha sido alcanzado y habitado por el Señor. Nos hace comprender que el anuncio del Evangelio consiste en transformar desde dentro, en renovar a la propia humanidad: «¡He aquí que hago nuevas todas las cosas!»». (p. 89)
«Tendremos que estar lo suficientemente locos
Tendremos, pues, que estar locos —pero es sabiduría de Dios— para ponernos en camino con compañeros. Al responder «voy», la vida siempre nos hará encontrar a otros. En la diversidad de nuestras vocaciones, siempre seremos personas llamadas juntas.
Tendremos que estar locos —o enamorados de Cristo y de sus hermanos— para aceptar que nuestra vida quede expuesta y azotada por los cuatro vientos de la Historia. Seguir a Jesús será aceptar una vida al aire libre, captada por Dios, sin despreciar jamás lo que Él mismo nunca ha despreciado.
Tendremos que estar locos para dejar que Él nos establezca en interdependencia unos con otros: ya no podremos prescindir de ellos. Nos convertiremos en pastores unos de otros.
Tendremos que estar bien locos —o ser sabios a la manera de Dios— para abrir nuestras puertas. La sabiduría hará que nuestras vidas sean hospitalarias. Y entrarán en nuestra casa aquellos a quienes no esperábamos, y los que esperábamos seguirán su camino.
Tendremos que estar tan locos como Jesús, como sus discípulos, para convertirnos en nómadas, mucho más a gusto en las corrientes de aire de una tienda de campaña agujereada por todas partes que en el calor reconfortante de una casa donde las ventanas están cerradas.
Tendríamos que estar locos —o ser sensatos— para dejar de interesarnos por nuestra vida, para permitir que Dios nos encuentre en una vida que, al fin y al cabo, es bastante corriente.
Tendremos que estar tan locos —o tan cuerdos como Él— para aceptar ese desequilibrio necesario que nos impide quedarnos estancados y nos impulsa a ponernos en marcha, incluso cuando nuestra pereza nos suplicara que nos sentáramos. En la inestabilidad del movimiento, el Espíritu nos dice que encontraremos el equilibrio de una alegría profunda.
Tendremos que estar locos —o ser tan sabios como tantas personas que han seguido los pasos de Jesús— para vivir en la vertiginosa inseguridad del testimonio y la misión.
Tendremos que estar locos por la sabiduría de Dios para renunciar a nuestros seguros de vida, a esa seguridad espiritual que denunciaba Madeleine Delbrêl, que nos protegería contra los riesgos y las enfermedades del corazón, ¡e incluso se haría cargo de nuestros partos espirituales!
Tendremos que estar tan locos —o tan sabios como tantos santos— para emprender el camino sin mapa y caminar de noche.
Tendremos que estar lo suficientemente locos, o lo suficientemente enamorados, para aceptar que no todo esté escrito de antemano, y que cada acontecimiento de nuestra vida sea un elemento más en este camino que estamos invitados a recorrer con Cristo. Cada encuentro dará lugar a otro encuentro, cada compromiso a otro compromiso. Es en el liberalismo loco del Espíritu Santo donde se desarrollará la aventura de la gracia.
La fantasía de Dios, eso es seguro, se dará un festín». (p. 91-93)
«…que seguir a Cristo nunca debe hacerse con esfuerzos violentos o con arrebatos exuberantes, sino con una gran paciencia en lo cotidiano, un ritmo regular de oración y trabajo, y la capacidad de soportar nuestras propias deficiencias y las de los demás.» (p. 97)
«Me enseñaba que el Espíritu de sabiduría nos inspira a pasar, preferentemente, del “respeto al más digno” al “respeto al más débil”. Se situaba claramente en la línea de ese Dios loco que hace nuevas todas las cosas devolviendo a la vida su sentido correcto.» (p. 99)
«De él aprendí que la vida de cada uno está siempre ordenada a la de los demás. Y que, a menudo, es al someter nuestras diferencias de punto de vista a una gracia superior como se logra unificar una comunidad. Le gustaba decir que una comunidad no es un comando de fuertes que deben marchar al unísono, sino un don de Dios.» (p. 100)
«¡De él aprendí y lo he comprobado! El Espíritu nos lleva muy a menudo por caminos extraños e inesperados: se manifiesta, por así decirlo, a través de aquellos en quienes, por naturaleza, no nos habríamos atrevido a esperarlo. El Espíritu de sabiduría inspira tanto a los débiles como a los fuertes: la comunidad nunca se forma sin unos y otros.» (p. 101)
«La fe que amo no es un fenómeno de masas que uniformice a quienes creen en mí. Yo soy el Único, y lo soy para cada ser que también es único. He sido el Único para Simón Pedro, para Tomás y para cada uno a lo largo de los siglos. Y lo soy para ti. Quizá sea un poco loco, pero no puedo hacer nada para cambiarlo.
Susurro lo que quiero al oído de cada uno. Mi única alegría es vivir en contacto con las personas a las que amo.
Sigue tu camino: el tuyo y no el de otro.
¿Recuerdas que Simón Pedro se preocupaba por lo que sería de aquel otro discípulo al que Jesús amaba? ¿Recuerdas qué se le respondió? «Lo que le vaya a pasar a él, ¡qué más te da! Tú, sígueme…» Si no se lo escribes a tus lectores, ¡permíteme decírselo yo mismo! Nunca bases tu vida en la de otro. No seas nunca envidioso, no construyas tu historia en función de la fe de los demás. Mi Espíritu de sabiduría te enseñará, si le dejas actuar en ti, a no buscar tu camino comparándote con tal o cual persona a la que admiras, aunque sea un hombre de Iglesia. Si construyes tu vida en función de lo que viven los demás, nunca estarás en paz. Mi alegría en ti no estará a la altura de tu deseo. Siempre necesitarás a alguien que vaya más despacio que tú para ser feliz. Si mi Hijo te invita a seguirle, síguelo. Sin ajustar el ritmo de tu marcha al de otra persona.
Te diré algo más: seguirle no es caminar detrás de él. Él está en ti, y yo estoy en él.
Seguirle —y esta es otra de nuestras pequeñas fantasías divinas— es quedarte justo allí, en el mismo lugar donde en lo más profundo de tu ser crees que debes estar.
Ve, pues, hacia ti mismo: es allí, y en ningún otro sitio, adonde queremos llevarte.
Tu alegría será la mía.
Vive, pues, lo que tengas que vivir.
A tu medida». (págs. 103-05)
Anexos
«La ausencia de misterio en nuestra época moderna es nuestro fracaso y nuestra indigencia. El valor de una vida humana se mide por la forma en que mantiene el respeto por ese misterio. Por eso los niños tienen los ojos tan abiertos y tan lúcidos: saben que están rodeados de misterio. Aún no han vencido a este mundo; aún no saben abrirse camino de ese modo ni, como nosotros, eludir los misterios. Destruimos el misterio porque sentimos que ahí tocamos una frontera de nuestro ser. Queremos disponer de todo y ser sus amos. Pero eso es precisamente lo que el misterio nos ha prohibido. Nos inquieta porque no nos sentimos a gusto en él. Habla de otra morada distinta a la nuestra. Vivir sin misterio es ignorarlo todo sobre el misterio de nuestra vida, el de los demás y el del mundo. Es quedarse en lo superficial. […]
Ninguno de nuestros pensamientos sobre Dios puede servir jamás para abolir el misterio, para convertir a Dios en algo universalmente comprensible y claro. Más bien, todo pensamiento sobre Dios solo puede servir para poner de manifiesto su misterio, que nos supera por completo —su sabiduría oculta y santa—, de tal manera que, tal vez, a través de ese misterio, se nos revele la patria que es su origen.
El mundo es ciego ante este misterio de Dios. Quiere un Dios al que pueda catalogar y explotar, o bien no quiere a Dios en absoluto. El misterio de Dios le permanece oculto. No lo quiere. Se fabrica dioses según sus propios deseos, pero no reconoce al Dios cercano, secreto y oculto. «Es una sabiduría que ninguno de los líderes de este siglo ha conocido». Los líderes de este siglo viven de cuentas y de explotación. Así es como se convierten en «líderes» de este mundo. Pero no comprenden el misterio. Solo los niños lo comprenden.
El mundo lleva una señal infalible de su ceguera ante el misterio de Dios: la cruz de Jesucristo. Que este Jesús de Nazaret, este carpintero, fuera él mismo el Señor de la gloria, tal era el misterio de Dios; porque allí Dios se hizo pobre, miserable, pequeño y débil por amor a los seres humanos; porque se hizo hombre como nosotros para que pudiéramos acceder a la divinidad; porque vino a nosotros para que fuéramos a él. Dios que se humilló en Jesucristo, Dios en Jesús de Nazaret: he aquí «la sabiduría misteriosa y oculta […] que ningún ojo ha visto, que ningún oído ha oído, y que no ha subido al corazón de ninguna persona». El misterio de Dios, que Él ha preparado para quienes le aman, es su amor por los seres humanos y su infinita cercanía. No hay, en todo el mundo, mayor misterio que este (Dietrich Bonhoeffer, «Si no tengo amor»). (Págs. 113-115)
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